Points clés
- Les populations d'Aedes aegypti en Thaïlande, au Vietnam, en Indonésie, en Malaisie et aux Philippines présentent une résistance documentée aux pyréthrinoïdes, organophosphorés et certains carbamates.
- Les établissements qui dépendent d'une seule classe d'insecticide risquent d'accélérer la résistance et de compromettre la sécurité des clients.
- La gestion de la résistance aux insecticides (GRI) nécessite des tests biologiques, une rotation des matières actives, une réduction des sources et des contrôles biologiques.
- Les cadres réglementaires varient ; la conformité aux directives nationales de lutte antivectorielle est obligatoire.
- Un professionnel agréé doit concevoir et superviser tout programme de gestion de la résistance.
Comprendre la résistance de l'Aedes aegypti en Asie du Sud-Est
Aedes aegypti, vecteur principal de la dengue, du Zika et du chikungunya, a développé une forte résistance aux insecticides en Asie du Sud-Est. Des recherches confirmées par l'OMS et les départements d'entomologie régionaux ont identifié des mutations de résistance (kdr) – notamment les substitutions V1016G et F1534C – dans les populations locales. Ces mutations réduisent l'efficacité des adulticides à base de pyréthrinoïdes, classe la plus utilisée dans le traitement thermique par nébulisation dans l'hôtellerie.
Pour les exploitants, la résistance ne se limite pas au laboratoire. Elle entraîne l'échec des programmes de pulvérisation, des plaintes persistantes, des avis négatifs et une responsabilité potentielle si un client contracte une maladie vectorielle sur place.
Comment la résistance se développe dans les resorts
La résistance émerge par pression de sélection. Lorsque la même classe chimique est appliquée répétitivement, les moustiques sensibles meurent tandis que les individus résistants survivent et se reproduisent. Les resorts sont vulnérables pour plusieurs raisons :
- Programmes de nébulisation fréquents : De nombreux resorts utilisent cette technique quotidiennement en haute saison, augmentant la pression de sélection.
- Dépendance à une seule chimie : Le coût et la disponibilité mènent souvent à une utilisation exclusive de pyréthrinoïdes comme la deltaméthrine, la cyperméthrine ou la lambda-cyhalothrine.
- Pratiques communautaires environnantes : Les programmes de lutte locaux utilisent les mêmes formulations, aggravant la résistance régionale.
- Abondance des habitats larvaires : L'aménagement paysager tropical (bassins, broméliacées, gouttières, contenants abandonnés) offre des sites de reproduction prolifiques pour Ae. aegypti.
Évaluer la résistance : Protocoles de bioessai
Avant toute stratégie de rotation, les équipes de gestion doivent déterminer le statut de résistance réel. L'OMS recommande deux méthodes :
Test de sensibilité OMS (Bioessai en tube)
Les moustiques adultes sont exposés à des papiers imprégnés d'insecticide pendant 60 minutes, puis la mortalité est évaluée après 24 heures. Une mortalité inférieure à 90 % indique une résistance confirmée.
Bioessai en bouteille du CDC
Des bouteilles en verre sont recouvertes d'une concentration connue de matière active. Les moustiques sont introduits et la vitesse de renversement est surveillée.
Les opérateurs doivent coordonner ces tests avec les autorités de santé publique ou des entreprises spécialisées. Les tests doivent être répétés annuellement pour adapter la rotation.
Stratégie de rotation des insecticides
La clé est d'alterner les classes d'insecticides ayant des modes d'action (MoA) différents pour réduire la pression de sélection.
Calendrier de rotation
- 1er trimestre (début saison sèche) : Adulticide organophosphoré (ex: malathion) si la sensibilité est confirmée. Associer au larvicide Bacillus thuringiensis israelensis (Bti).
- 2e trimestre (saison humide) : Passer à un pyréthrinoïde ayant une efficacité locale prouvée, ou une formulation synergisée avec du butoxyde de pipéronyle (PBO).
- 3e trimestre : Transition vers une nouvelle chimie comme un néonicotinoïde (clothianidine) ou un régulateur de croissance (pyriproxyfène) pour le larvicide, associé à une réduction des sources.
- 4e trimestre : Retour aux organophosphorés ou introduction d'un spinosyne si autorisé.
Ne jamais alterner entre des produits de la même classe MoA, cela n'offre aucun avantage en termes de gestion de la résistance.
Réduction des sources : La base non-chimique
Aucun programme chimique ne peut réussir sans une réduction rigoureuse des sources. Aedes aegypti exploite de petites accumulations d'eau. Les resorts doivent mettre en œuvre un protocole d'élimination :
- Inspections hebdomadaires : Vérifier soucoupes de pots, noix de coco, gouttières, plateaux d'égouttage de climatiseurs, bâches de bateaux et bassins.
- Gestion des drains : Les bouches d'égout et les drains doivent être tamisés ou traités au larvicide.
- Design paysager : Remplacer les plantes retenant l'eau par des espèces non-rétentrices.
- Contrôle des zones de chantier : Les bâches, seaux et dépressions doivent être gérés quotidiennement.
- Audits des zones clients : Les seaux à glace et tasses abandonnés peuvent devenir des sites de reproduction productifs.
La réduction des sources est l'intervention principale. Pour plus de détails, consultez Élimination des sites de reproduction des moustiques : Guide après pluie.
Contrôles biologiques et mécaniques
Diversifier les méthodes réduit la dépendance aux insecticides :
- Larvicides Bti : Toxines spécifiques aux larves de moustiques sans résistance connue. Sans danger pour les bassins d'agrément.
- Poissons larvivores : Introduire Gambusia affinis ou des espèces natives dans les bassins.
- Pièges à pontes (AGO) : Attirent les femelles gravides et les capturent sur des surfaces collantes.
- Systèmes de brumisation : Peuvent fournir un traitement de barrière ciblé autour des restaurants et terrasses si la calibration est maîtrisée.
Des stratégies complémentaires sont détaillées dans Gestion intégrée des moustiques pour les resorts tropicaux.
Suivi et documentation
Un programme GRI nécessite une surveillance structurée :
- Indices d'ovitraps : Déployer des pièges et comptages hebdomadaires pour mesurer la densité de population.
- Comptages à l'atterrissage : Surveiller l'abondance des adultes.
- Registres d'utilisation : Enregistrer chaque application (produit, matière active, concentration, volume, zone, météo).
- Dossiers de tests de résistance : Archiver les résultats de bioessais pour les inspections sanitaires.
Considérations réglementaires
L'enregistrement des produits varie selon les pays. Les équipes doivent vérifier que chaque produit utilisé est légalement enregistré pour l'usage prévu dans le pays d'opération.
Quand faire appel à un professionnel
La gestion de la résistance n'est pas une tâche pour le personnel non formé. Faites appel à une entreprise spécialisée si :
- Les taux de mortalité diminuent malgré une application correcte.
- Les plaintes persistent.
- Un cas de dengue ou Zika est signalé.
- Les bioessais confirment une résistance.
- Les autorités sanitaires émettent des avis de risque élevés.
Un professionnel qualifié peut concevoir un programme sur mesure. Pour d'autres cadres d'IPM, voir Contrôle du moustique tigre pour les resorts de luxe en Méditerranée.